Elle se fait appeler « la petite rêveuse de Dedougou ». Depuis son enfance, elle avait l’ambition de faire des films. Même si elle n’a pas eu l’opportunité de faire les grandes écoles de cinéma, sa persévérance et son abnégation lui ont permis de se frayer un chemin et de se retrouver aujourd’hui en lice à l’Etalon d’or du Yennenga, le plus grand prix du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Chloé Aïcha Boro, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est en sélection officielle de la présente édition du FESPACO avec son film « Les Invertueuses ». C’est un film qui met à nu le poid de la société sur la femme.
Dans cet entretien accordé à latribunedufaso.net, elle revient sur les défis qui ont jalonné la production de ce film. Avec beaucoup d’humilité et d’espoir, elle ne cache pas son ambition de se retrouver sur la plus haute marche du podium de cette édition de la grande messe du cinéma africain. Lisez !
latribunedufaso.net : Qui est Chloé Aïcha Boro ?
Chloé Aïcha Boro : Chloé Aïcha Boro, c’est juste une petite rêveuse de Dedougou. Je n’ai pas bénéficié de formation de cinéma comme certains collègues. Il faut savoir que c’est pareil dans tous les pays. L’école de cinéma est réservée à une certaine categorie sociale de personne, parce que ça coûte chère.
Je suis venue dans le cinéma par envie, par le cœur et par la volonté. Ça m’a pris beaucoup d’années de don de soi, d’abnegation, de larme aussi, quant ça ne marchait pas.
Je suis dans cette compétition avec des gens qui ont fait leur formation à Paris, en Hollande. Ce n’est pas mon cas, en terme de parcours. Je suis une rêveuse qui, depuis l’àge de 6, 7, 8 ans, disais quant je serais grande, je vais faire des films.
Votre film est sélectionné en compétition officielle au FESPACO. Quel sentiment vous anime ?
J’ai envie de dire d’abord la surprise et ensuite beaucoup de joie, beaucoup de bonheur et d’espoir. C’est un honneur de porter les couleurs du pays, de susciter l’espoir de ses compatriotes. J’ai l’espoir d’aller plus loin que la sélection.

Présentez-nous le film ?
Le film est un long métrage de fiction. Donc je suis dans la compétition officielle de fiction long métrage. Je viens avec beaucoup d’humilité et beaucoup d’espoir.
De quoi parle le film ?
C’est un film sur l’auto détermination des femmes à disposer d’elles-mêmes, de son corps, de ses envies et de sa vie. Qui sont les Invertueuses ? Dans le film, ce sont les deux personnes qui sont à l’extrémité des âges, une adolescente de 16 ans et sa grande mère de 65 ans qui se battent pour exister pour elles-mêmes et ne pas sacrifier leur vie au joug de la société.
Ce film a permis de mobiliser des femmes. Pour tout le, monde c’était un sacrifice. C’était un film de guerrières, fait majoritairement par des femmes, avec des bouts de ficelle. On est tellement content d’être dans cette compétition.

Pourquoi avoir décidé de réaliser ce film ?
Ça fait pratiquement 20 ans que je veux faire de la fiction. A l’époque, j’avais entrepris un projet qui n’a pas abouti. J’ai écrit la toute première version du scénario d’un film sur Sangoulé Lamizana. Faute de financement, je n’ai pas pu concrétiser ce projet. Faire de la fiction demande énormément d’argent. C’est tout un parcours de combattant.
J’ai réussi à faire du documentaire pendant une dizaine d’années. J’ai financé moi-même mes premiers documentaires. Je me suis dit qu’il fallait faire la même chose pour la fiction.
Donc j’ai écrit le scénario de « Les Invertueuses » en 3 mois. Et je suis partie avec mes petites économies pour le tournage. Il y a eu beaucoup de bénévolats. C’est vraiment un film fait avec des bouts de ficelle, sans aucun financement. C’était pour moi le tremplin pour m’ouvrir une voie royale, un boulevard vers le cinéma de fiction.
Avez-vous rencontré des difficultés dans le cadre de ce projet ?
La difficulté rencontrée sera la difficulté financière. Comme je l’ai dis, c’est un film autoproduit avec peu de ressources. C’était très compliqué. Je ne savais pas que j’allais réussir à aller au bout du tournage. Après cela, je ne savais pas si j’allais réussir à aller au bout de la poste production. Tout a été un vrai parcours du combattant, du début à la fin.
Êtes-vous confiante ? Pensez-vous avoir toutes les chances dans cette compétition ?
J’espère avoir toutes les chances dans la compétition. C’est mon aspiration. C’est ma prière formulée. C’est ma demande à l’univers. J’espère, c’est tout ce que je peux dire. Je viens avec espoir, aspiration et prière.
Avez-vous un message à passer ?
C’est un film pour le peuple burkinabè. Je les invite à suivre ce film. J’ai peur du mot peuple. Mais dans ce contexte je le prends car l’art de façon générale et le cinéma de façon particulière permettent une chose : briser toutes les barrières. C’est-à-dire que l’enfant de Dedougou, orpheline en plus, qui a connu pratiquement la faim, parce qu’elle a rêvé, parce qu’elle a osé d’y croire, se trouve dans la même arène que ceux qui ont fait les grandes écoles. Il n’y a que l’art qui permet ça. C’est un message fort que j’ai envie de passer.
Issouf TAPSOBA
latribunedufaso.net
