Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) 2025 se profile à l’horizon. Prévu du 22 février au 1er mars 2025, sur 1 351 soumis, on enregistre 235 sélectionnés, provenant de 48 pays. Sur le plan national, 31 films sont retenus dont « Le Retour » du cinéaste burkinabè Yacouba Kanou. Le film est sélectionné dans la catégorie Compétition Burkina (shorts et long métrage fictions et documentaires).
Dans cet entretien accordé à latribunedufaso.net, le réalisateur nous dévoile les différentes thématiques de son film. Découvrez donc le parcours de Yacouba Kanou et les inspirations derrière « Le Retour », son film long métrage fiction de 62 mn qui révèle les défis actuels de la jeunesse et des solutions aux conflits fonciers.
Qui est Yacouba Kanou ?
J’ai 44 ans, je suis dans le domaine de l’audiovisuel depuis un certain nombre d’années. J’ai eu à travailler dans beaucoup de structures privées d’audiovisuel et de communication.
Votre film a été sélectionné en compétition officielle au FESPACO, quel sentiment vous anime ?
C’est un sentiment de joie parce que pour une première, vraiment je suis content. En tant que réalisateur nous aimerions tous avoir un prix à la fin mais j’ai déjà eu mon prix parce que le simple fait de se retrouver parmi ces 235 films retenus, c’est une joie. Ce n’est pas donné à n’importe qui de se retrouver parmi les sélectionnés. Donc je remercie Dieu. Je ressens un sentiment de joie. Ça me pousse à dire que le chemin que je veux emprunter est bon et si j’insiste ça peut aller.
De quoi parle votre film?
Le film s’appelle « Le retour ». C’est un film qui aborde plusieurs thématiques. Il y’a la thématique sur l’emploi des jeunes, c’est à dire, le retour à la terre. Il aborde aussi la thématique sur les conflits terriens que nous rencontrons au niveau de nos communautés et la thématique sur la résolution de conflits.
En resumé, ce film relate l’histoire d’un jeune diplômé en agronomie qui est à la recherche d’emploi, à la recherche de stage dans la ville. Il n’arrive pas à avoir de stage. A un moment donné il a décidé de se lancer dans l’agriculture. Il s’est rappelé que son père possède de grands terrains au village. C’est ainsi qu’il a décidé de partir au village pour exploiter ces terres.
Malheureusement il est allé trouver que son petit frère, qui est un grand consommateur de boisson frelatée, à vendu de façon frauduleuse les terres de leur père à un riche personnage qui est venu s’installer dans le village. Il va naître un conflit entre les deux personnes. Mais grâce à l’amour, parce que le jeune en question va rencontrer une fille du village dont il va tomber amoureux. Il se trouve que cette fille est celle du commerçant qui a acheté les terres de son père. Face à l’amour, face à la nécessité de trouver un terrain d’entente, les deux vont se rendre compte qu’ils ont intérêt à s’entendre pour qu’il y ait l’harmonie et la paix au village.
Dans quelle catégorie le film a été sélectionné ?
« Le retour » fait 62 mn. C’est une fiction. Je me suis inspiré d’une histoire réelle. Ça ressemble à l’histoire d’un ami que j’ai essayé d’adapter, d’écrire sous forme de fiction. Mon film a été sélectionné au niveau de la catégorie fiction Burkina films au FESPACO 2025.

Pourquoi avoir décidé de réaliser ce film ?
J’ai toujours voulu être réalisateur, c’est mon rêve ultime. Faire le cinéma a toujours été mon rêve d’enfance. J’ai travaillé sur plusieurs projets de films mais malheureusement je n’avais pas pu réaliser mon propre film. Dieu m’a donné la chance de pouvoir le faire, je remercie Dieu. En plus, je travaille dans une structure qui parle des thématiques de cohésion sociale, de résolution de conflits. Avec tout ce que j’ai appris ici, c’est une manière pour moi de mettre en pratique ce que j’apprends au quotidien dans cette structure .
Quelles sont les difficultés rencontrées dans le cadre de ce projet ?
On ne doit pas se voiler la face. Le problème du cinéma burkinabè est connu de tous, c’est le manque de financement. Personnellement, mon film a été fait sur fonds propres. Je n’ai pas reçu un financement de l’Etat. J’ai embarqué plus d’une dizaine de personnes dans cette aventure que j’ai emmené dans un petit village à 20 km de Banfora. Nous avons passé plus de deux semaines là-bas.
Imaginez un peu les dépenses que ça peut créer, de réunir tout ce beau monde. J’ai supporté toutes les dépenses. C’est une manière pour moi de montrer aux gens ce que je sais faire. C’est un sacrifice. Et ce sacrifice je l’ai fait, j’ai fait mes premiers pas et le reste viendra parce que quand on est passionné par quelque chose, on ne regarde pas ce qu’on met dedans comme argent. Le plus important aujourd’hui c’est le fait que le film soit retenu au FESPACO. Ça veut dire que ce que j’ai osé faire est bon.
Êtes vous confiant ? Pensez-vous avoir toutes les chances dans cette compétition ?
Je ne vais pas me contenter du fait d’avoir été sélectionné. Une fois que vous avez été retenu au FESPACO, tout le monde a les mêmes chances. Je pense que nous avons les mêmes chances, on est sur le même pied d’égalité. C’est au jury de voir, avec ce qui a été fait comme travail s’il y a nécessité d’être premier deuxième ou troisième
Un dernier mot ?
C’est dire aux Burkinabè de soutenir les réalisateurs burkinabè parce que, aujourd’hu, sincèrement dit, ça me fait mal. Nous avons grandi avec la phrase « le Burkina Faso capitale du cinéma africain ». Mais malheureusement, de nos jours, beaucoup de pays nous ont dépassé. C’est malheureux, c’est triste mais on peut toujours rattraper. Avec cette nouvelle génération qui est en train de venir, il suffit de leur donner un petit coup de main seulement.
J’ai beaucoup d’amis qui sont dans le domaine. Je pense qu’on peut regagner notre place. Nous sommes engagées. Nous n’attendons pas du financement avant de se lancer dans un projet. C’est cette capacité d’oser qui a permis que je sois retenu au FESPACO. Donc, je veux dire au public burkinabè de nous soutenir, d’aller dans les salles de cinéma pour visionner nos films.
Je demande à l’Etat de prendre des mesures pour industrialiser le secteur. Ça me fait mal aujourd’hui quand je vois que la Côte d’ivoire et le Sénégal nous dépassent. c’est pas normal. La plupart de nos techniciens qui sont capables de faire de bons films se retrouvent dans ces pays. C’est pas normal. Il faut qu’on trouve un système pour les ramener au Burkina faso afin qu’on puisse occuper notre première place qu’on avait auparavant.
Nabintou OUATTARA
latribunedufaso.net
