Affaire de l’huissier Me Conombo : Le parquet réclame 6 mois ferme, la défense conteste tout

Le procès de l’huissier de justice Me Conombo Hamidou, poursuivi pour abus de confiance et blanchiment de capitaux, s’est poursuivi le 4 juillet 2025 au Tribunal de grande instance Ouaga 1. Cinq victimes sont citées dans ce dossier. Le parquet requiert 24 mois de prison, dont 6 mois ferme et une amende de 3 millions FCFA ferme. Le dossier est mis en délibéré le 11 juillet 2025.

Lors de l’audience, le prévenu n’a pas formellement reconnu les infractions qui lui sont reprochées. Cependant, il a admis avoir utilisé une partie des fonds recouvrés pour ses clients à des fins personnelles et professionnelles. Il a notamment cité le financement de soins pour ses proches et les charges de fonctionnement de son office. À cela s’ajoute l’acquisition d’un terrain d’une valeur de plus de 30 millions de FCFA. Me Conombo a affirmé n’avoir jamais eu l’intention de dissimuler cette acquisition, expliquant qu’il envisageait de rembourser les sommes avec ses émoluments.

Les cinq victimes citées dans cette affaire sont Yacouba Sawadogo, Amédé Ouédraogo, M. Somé, une banque de la place, ainsi que les clients du cabinet d’avocats Bougnin (Innocent Agbonovi et autres), tous anciens employés de la société Neemba Burkina SARL (ex-Burkina Équipements).

24 mois de prison, dont 6 mois ferme requis contre Me Hamidou Conombo 

Dans ses réquisitions, le procureur a demandé au tribunal de retenir le prévenu dans les liens de l’infraction d’abus de confiance,  expliquant que Me Conombo lui-même avait reconnu avoir utilisé une partie des fonds recouvrés à d’autres fins. Concernant l’infraction de blanchiment de capitaux, le procureur a requis le doute, estimant que le prévenu n’avait pas l’intention de cacher l’acquisition du terrain.

« Il a fait un séjour en détention. C’est sûr que cela lui a fait prendre conscience et qu’à l’avenir il ne recommencera plus », a laissé entendre le procureur avant de requérir une peine de 24 mois de prison, dont 6 mois ferme, et une amende de 3 millions de F CFA ferme.

La défense conteste la qualification des faits

Dans les plaidoiries de la défense, Me Adama Kondombo a estimé que l’infraction de blanchiment de capitaux est « improbable », rejoignant l’avis du procureur sur sa non-caractérisation. « Mais là où je ne suis pas d’accord, c’est que ce soit au bénéfice du doute. Pour moi, il n’y a pas du tout infraction. Le prévenu n’a pas dissimulé l’achat du terrain », a-t-il poursuivi.

Selon lui, l’infraction d’abus de confiance n’est pas non plus caractérisée. Il a soutenu qu’il n’y avait pas d’intention coupable, car au moment où le prévenu recouvrait les fonds, il n’avait pas l’intention de les dissiper et de disparaître. Il a également indiqué que le prévenu avait déjà remboursé ses créanciers avant le début des poursuites du parquet. Il cite Amédé Ouédraogo, M. Somé et la banque.

« Si on devait poursuivre quelqu’un, ce n’était même pas Me Conombo…»

Concernant la plainte de Yacouba Sawadogo, Me Adama Kondombo a estimé qu’elle ne devrait pas être adressée à son client. Il a précisé que M. Sawadogo avait signé un contrat avec Christophe Badolo, clerc de Me Hamidou Conombo, pour la perception de loyers. « Il se trouvait qu’il y avait des locataires indélicats. Après la résiliation du contrat, il faut faire une reddition des comptes pour clarifier les choses. Pour moi, si on devait poursuivre quelqu’un, ce n’était même pas Me Conombo. Il n’était pas au courant du contrat », a-t-il expliqué.

Quant à la plainte du cabinet d’avocats Bougnin et de ses clients (anciens travailleurs de Neemba Burkina, Innocent Agbonovi et autres), Me Adama Kondombo a également contesté l’abus de confiance. Il a détaillé l’origine de ce litige. En effet, la plainte porte sur 80 millions de FCFA, censés avoir été recouvrés par Me Hamidou Conombo et non reversés à ses mandants. Il était chargé de recouvrer environ 500 millions de F CFA en leur faveur.

Les anciens employés avaient initialement gagné un procès contre l’entreprise, mais la décision a été annulée en appel, les privant de droits sur les fonds. Se trouvant entre des demandes contradictoires de l’entreprise et des anciens employés, le prévenu a conservé les fonds sur son compte.

La création d’une caisse de dépôt des fonds gérés par les huissiers pour éviter des situations similaires 

C’est ainsi qu’il en a utilisé une partie pour des dépenses personnelles et professionnelles, y compris des frais médicaux pour sa famille, selon Me Adama Kondombo. Sur ce point, l’avocat a souligné la nécessité d’un système de dépôt sécurisé pour les fonds gérés par les huissiers, à l’instar de la Caisse autonome des règlements pécuniaires des avocats du Burkina (CARPA).

Me Adama Kondombo a ajouté que son client avait d’ailleurs mis à disposition les 80 millions de FCFA et attendait la décision finale de justice pour les remettre au propriétaire légitime.

Lire aussi >> Affaire de l’huissier Me Conombo Hamidou : La demande de liberté provisoire rejetée, le dossier renvoyé au 4 juillet 2025

Il est à noter que les avocats de la société Neemba Burkina SARL ont participé aux débats sans se constituer partie civile. Ils ont l’intention de poursuivre leur bataille judiciaire contre le cabinet d’avocats Bougnin et ses clients pour obtenir la propriété de ladite somme.

Après les débats, le tribunal a mis le dossier en délibéré au 11 juillet 2025.

Issouf TAPSOBA 

Latribunedufaso.net

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