Dans le cadre de l’inauguration du Mausolée du président Thomas Sankara et de ses 12 compagnons, une conférence-débat a été organisée le 18 mai 2025 à Ouagadougou. Elle était placée sous le thème : « L’Afrique dont nous rêvons selon Thomas Sankara ». La rencontre a réuni plusieurs intellectuels et militants venus de différents pays dont le Ghana, la Côte-d’Ivoire, le Niger, le Cameroun etc. Le Pr Mamadou Koulibaly, économiste ivoirien, y a livré une communication sur la souveraineté économique de l’Afrique, dénonçant la centralisation du pouvoir économique par les États au détriment des peuples.
Quatre panels ont structuré les échanges : la souveraineté économique de l’Afrique, l’unité africaine, la justice sociale et l’intégrité, ainsi que les résistances dans le sens culturel à travers l’image de Sankara dans les imaginaires culturels.
C’est l’économiste ivoirien Mamadou Koulibaly, ancien ministre des Finances et défenseur reconnu de la souveraineté africaine, qui est intervenu en ouverture pour traiter du thème de la souveraineté économique.

le Ghana, et le Cameroun ont marqué de leur présence – Ph. N. Ouattara
Il a rappelé que la souveraineté, c’est « la liberté que tous pourraient avoir de décider de leur destin ». Selon lui, lorsqu’un peuple est souverain, ses citoyens deviennent des acteurs à plein temps, libres de choisir, de posséder et de disposer des ressources de leur pays.
En s’appuyant sur les Constitutions africaines qui proclament que « la souveraineté appartient au peuple », le Pr Koulibaly estime que cette souveraineté n’est ni pour l’État, ni pour le chef de l’État, ni pour les ministres ou institutions, mais bien pour le peuple. À ses yeux, « la propriété est sacrée » et nul n’a le droit d’y porter atteinte, sauf en cas d’utilité publique dûment prouvée.
Il pose alors trois questions essentielles : « Le sol de l’Afrique appartient à qui ? Ceux qui sont censés en être propriétaires savent-ils que c’est à eux d’en prendre soin ? Sont-ils libres d’en disposer ? », s’est-il demandé.

Pour lui, la réponse est claire : historiquement, les Africains n’ont jamais été réellement propriétaires de l’Afrique. Après les indépendances, les dirigeants auraient dû rendre la souveraineté au peuple, mais « ils ont préféré conserver la souveraineté que détenaient les colons ». Une situation qu’il qualifie « d’expropriation intérieure », privant les populations d’un fondement de leur liberté : la propriété.
L’économiste souligne que proclamer la souveraineté de l’État tout en concentrant le patrimoine national entre ses mains revient à rendre vulnérable tout le pays : « Il suffit que n’importe quel confiscateur mette la main sur l’État, et ils auront tout. »
Il plaide ainsi pour une refondation de l’organisation des États africains : « L’État doit reconnaître que le patrimoine ne lui appartient pas. Le souverain, ce n’est pas lui. » Il appelle à un nouveau cadastre pour que les populations redeviennent propriétaires de leur pays.
Enfin, deux leviers économiques doivent, selon lui, accompagner cette reconquête : une bonne monnaie nationale, et un taux d’intérêt efficace pour permettre aux peuples de produire en pensant à demain. D’abord, pour la monnaie, Pr Koulibaly plaide pour un taux d’échange fort dont la valeur permet de déterminer ce qu’un pays doit exporter ou importer.
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Quant au taux d’intérêt, selon l’économiste, il faut importer ce qui nous manque et exporter ce qu’on a en abondance. « En Afrique, on fonctionne comme si demain n’existait pas. On bouffe pour nous, pour nos enfants et pour nos arrière-petits-enfants. », a-t-il conclu, expliquant comment les pays européens exploitent les sols des pays africains et les africains, ignorant s’en réjouissent.
Pour le Pr Mamadou Koulibaly, il ne suffit pas de proclamer la souveraineté. Il faut la construire, « Il faut repenser le design de nos États. »
Nabintou OUATTARA
Latribunedufaso.net
