Projection du film « Katanga, La danse des scorpion » de Dani Kouyaté au FESPACO 2025

FESPACO 2025 : Interview avec Dani Kouyaté, réalisateur de « Katanga, La danse des scorpions »

Le film « Katanga, La danse des scorpions », projeté le 25 février 2025 pour la presse, explore le thème du pouvoir et de ses conséquences dramatiques lorsqu’une personne en devient avide. Ce long-métrage est l’un des deux films burkinabè en lice pour l’Étalon d’or de Yennenga, aux côtés de 15 autres productions, lors de la 29e édition du FESPACO.

Réalisé en langue mooré par Dani Kouyaté, descendant d’une famille de griots pratiquants, ce film s’inspire de la tragédie de « Macbeth » de Shakespeare et aborde des sujets comme la trahison, la jalousie et la soif de pouvoir. Dani Kouyaté, réalisateur, conteur, musicien et metteur en scène, est également l’auteur de plusieurs films tels que « Sya, Le Rêve du Python » (2001) et « Keita, L’Héritage du griot » (1995).

Dans cette interview, Dani Kouyaté revient sur les principaux éléments qui nourrissent son œuvre.

Journaliste : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour ce film et pourquoi avez-vous choisi de sortir du cadre traditionnel ?

Dani Kouyaté : J’ai voulu sortir du temps et de l’espace, et créer une fable politique qui soit un peu universelle. Je souhaitais me détacher du réalisme et de la couleur, pour que le film prenne une dimension intemporelle. Le pouvoir, dans ce film, est un élément central, car il corrompt très souvent. Ce n’est pas une règle générale, car il y a des exceptions, mais je pense que le pouvoir peut être diabolique.

Projection du film « Katanga, La danse des scorpion » de Dani Kouyaté au FESPACO 2025
Une vue d’une séquence du film – Ph. N. Ouattara

Comment avez-vous choisi les lieux de tournage ?

Initialement, je rêvais de filmer dans tout le pays, du Sud-Ouest jusqu’au Nord, mais l’insécurité à l’époque nous a empêchés de le faire. J’ai donc dû créer cet univers dans un rayon de 40 km autour de Ouagadougou. Tout ce qu’on voit dans le film existe dans cette zone. Il y a la forêt, le plateau, le désert. Pour donner une dimension symbolique et plus profonde au film. J’ai choisi de le tourner en noir et blanc. Cela permet de renforcer l’intemporalité du récit et de le rendre plus métaphorique.

Le film s’inspire de « Macbeth » de Shakespeare. Est-ce que l’héritage du griot transparaît dans cette œuvre ?

Shakespeare est un grand auteur et ses textes sont universels. Quand on examine, par exemple, l’épopée mandingue, on retrouve des personnages qui, parfois, recoupent ceux de sociétés mythologiques différentes. Ce sont des figures humaines universelles. C’est justement ma fibre mandingue qui m’a interpellé dans ce texte de Shakespeare.

Quel est le rôle de la femme dans ce film ?

Dans ce film, la femme incite son mari à prendre le pouvoir en commettant un meurtre, mais il y a aussi des femmes qui conseillent leurs époux. Ainsi, la femme n’est pas uniquement présentée sous un angle positif ou négatif. Elle est complexe, parfois salvatrice, parfois dangereuse. Ce n’est pas manichéen.

Projection du film « Katanga, La danse des scorpion » de Dani Kouyaté au FESPACO 2025
L’affiche du film « Katanga, La danse des scorpions » – Ph. DR

Pensez-vous que ce film fait écho à la situation politique de l’Afrique de l’Ouest (AES) ?

La quête du pouvoir et les complots autour du pouvoir sont des thèmes universels. Ils touchent tout le monde, donc ça nous touche aussi surtout que notre histoire politique est tellement mouvementé. On ne peut pas y échapper.

Pourquoi avez-vous choisi de réaliser ce film en mooré ?

Le mooré est une langue très forte dans notre culture. Nous sommes une société de tradition orale, et nos langues portent cette richesse culturelle. J’ai déjà réalisé deux films en bambara, une autre langue puissante, et il était maintenant temps de faire honneur au mooré pour incarner ce grand texte de Shakespeare.

Pourquoi avoir décidé de réaliser ce films avec nos cinéastes locaux ?

Nous avons de très bons acteurs locaux qui ne sont pas assez exploités. C’est la même chose pour nos langues. Nous n’exploitons pas pleinement nos richesses culturelles et linguistiques, alors qu’elles peuvent nourrir notre imaginaire et enrichir nos récits. Si l’on prend le temps de travailler avec nos acteurs, de les guider et de les aider à développer leur potentiel, nous pouvons atteindre des niveaux très élevés.

Projection du film « Katanga, La danse des scorpion » de Dani Kouyaté au FESPACO 2025
Dani Kouyaté, le réalisateur du film « Katanga, La danse des scorpions » – Ph. N. Ouattara

Quand avez-vous commencé à travailler sur ce film ?

Le film a été réalisé il y a environ deux ans et demi. Nous avons mis du temps avant de le sortir, comme toujours, car mon producteur cherchait les financements nécessaires.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ? 

J’ai mis environ 5 ans à adapter le film. En tout, cela fait près de 8 ans que nous sommes sur ce projet.

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Quel a été le budget de ce film ?

Le budget du film était d’un million d’euros, soit environ 650 millions de francs CFA.

Le film sera-t-il distribué dans la sous-région ?

Nous espérons qu’il sera distribué dans la sous-région. Pour le moment, nous n’avons pas encore de distributeur, mais nous restons optimistes.

Nabintou OUATTARA 

latribunedufaso.net

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