Affaire Salifo Tiemtoré : Le parquet requiert 36 mois de prison et une amende de 540 millions FCFA, le tout ferme

Après la conclusion des débats, l’affaire Salifo Tiemtoré est entrée dans la phase des plaidoiries. Le procès s’est tenue le 27 mai 2025 au Tribunal de grande instance Ouaga 1. Les différentes parties sont passées exposer leurs arguments.

La plaidoirie de l’Agent judiciaire de l’Etat

Pour l’Agente judiciaire de l’État (AJE), la fausse déclaration d’intérêts et de patrimoine est avérée. L’argument central repose sur la non-déclaration des 3 comptes bancaires par Salifo Tiemtoré. Selon l’AJE, cette affaire a entaché l’image de l’État burkinabè. Au titre du préjudice moral, l’État réclame 5 millions FCFA de dommages et intérêts, ainsi que 1 million FCFA pour les frais exposés et non compris dans les dépens.

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC), partie civile également, a symboliquement réclamé 5 FCFA pour le préjudice moral.

Le parquet requiert 36 mois de prison ferme

Le parquet, dans ses réquisitions, a soutenu que l’infraction de fausse déclaration était caractérisée. Le procureur a insisté sur le fait que Salifo Tiemtoré aurait délibérément omis de déclarer les comptes, malgré des opérations déjà effectuées dessus.

L’argument de la défense, selon lequel les comptes appartenaient à son fils, a été balayé par le procureur, qui a affirmé qu’un compte bancaire, même vide, constitue un patrimoine devant être déclaré. La confusion des biens est mise en avant par le parquet, soulignant des opérations personnelles de M. Tiemtoré sur ces comptes, notamment la transaction de 35 millions FCFA du Fonds spécial de la Présidence du Faso.

Concernant l’infraction de financement occulte de partis politiques, le parquet accuse Salifo Tiemtoré d’avoir reçu de l’argent de « sources occultes » pour des dons à des entités coutumières et religieuses « au nom de l’ancien président Roch Kaboré ». Les 35 millions FCFA du Fonds spécial de la Présidence et 25 millions FCFA d’une société immobilière sont cités comme exemples. Pour le parquet, l’objectif est de « soudoyer et acheter les consciences » en vue de la campagne politique.

Enfin, sur le blanchiment de capitaux, le procureur a affirmé que les 35 millions FCFA du Fonds spécial de la Présidence du Faso ont été utilisés à des fins privées, caractérisant ainsi l’infraction. Face à ces accusations, le parquet a requis une condamnation à 36 mois de prison ferme et une amende de 540 millions FCFA ferme à l’encontre de Salifo Tiemtoré.

La défense brandit l’absence d’intention coupable

L’avocat de la défense a battu en brèche les accusations du parquet. Sur la fausse déclaration d’intérêt et de patrimoine, il a appelé le tribunal à faire la distinction entre une « déclaration complète, incomplète et fausse », insistant sur le fait que ce n’est pas la même chose.

L’avocat a également soulevé une question de procédure. Pour considérer la non-déclaration des comptes comme une infraction, l’administration aurait dû, selon lui, adresser une mise en demeure à M. Tiemtoré dans un délai de 2 mois, ce qui n’a pas été fait. En plus, la défense a souligné l’absence d’élément intentionnel, arguant qu’il n’y a aucune preuve que son client ait délibérément caché l’existence desdits comptes.

Concernant le financement occulte de partis politiques, l’avocat a remis en question la qualification de « sources occultes » pour le Fonds spécial de la Présidence du Faso, demandant si un fonds d’État pouvait être considéré comme tel.

Pour le blanchiment de capitaux, la défense a également mis en avant l’absence d’intentionnalité de son client, concluant que cette infraction n’était pas caractérisée.

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Dans son dernier mot, Salifo Tiemtoré lui-même a déclaré qu’aucune de ses actions n’a été faite dans l’intention de voler ou de dissimuler quoi que ce soit. Il affirme avoir foi en la justice.

Les plaidoiries étant terminées, le tribunal a mis le dossier en délibéré le 19 juin 2025.

Issouf TAPSOBA

Latribunedufaso.net

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