« Regard croisé sur le financement des nouveaux médias », c’est sur ce thème que s’est tenu le deuxième panel de la première édition du Forum des nouveaux médias, organisé du 03 au 05 avril 2025 à Ouagadougou. Le panel a été animé par le consultant en communication, Cheikh Omar Bandaogo et le Directeur des affaires juridiques et contentieux du Fonds d’appui à la presse privée (FAPP), Lehman Sibidé.
Au Burkina Faso, la presse privée rencontre des difficultés économiques causant souvent la fermeture de certains médias. Au regard du rôle central qu’elle joue dans le renforcement de la démocratie, l’Etat a décidé d’octroyer à la presse privée une subvention.
Le Fonds d’appui à la presse privée (FAPP) a donc été créé pour remplir cette mission. Il met à la disposition des médias privés des mécanismes financiers pour assurer leur viabilité.

Dans son intervention, le Directeur des affaires juridiques et contentieux du FAPP Lehman Sibidé a présenté deux dispositifs majeurs : la subvention annuelle de l’État et des crédits « à des taux défiant toute concurrence (4%) ».
La subvention est destinée aux entreprises de presse privée de droit burkinabè, non confessionnelles et non affiliées à un parti politique. Les bénéficiaires doivent disposer d’une rédaction structurée et être en règle vis-à-vis de leurs obligations fiscales et sociales. Pour les nouveaux médias, des critères spécifiques s’ajoutent, notamment être un pure player (média exclusivement en ligne) et publier quotidiennement avec au moins deux journalistes professionnels, a ajouté M. Sibidé.

Selon lui, les crédits proposés par le FAPP aux médias privés sont destinés à renforcer la trésorerie, d’acquérir du matériel ou de financer des investissements. Les montants varient de 1 à 9 millions FCFA pour le crédit de trésorerie, 5 à 50 millions FCFA pour le crédit d’équipement et jusqu’à 300 millions FCFA pour les crédits d’investissement (projets collectifs). Sont éligibles, les entreprises de presse privée burkinabè disposant d’un projet structurant.
Cependant, la question du modèle économique des médias reste cruciale à l’ère du numérique. Le consultant en communication, Cheikh Omar Bandaogo a fait sa communication sur le sous-thème : « Quel modèle économique des médias à l’ère du numérique ? ».

Il rappelle que le modèle classique reposait sur la vente de journaux, la facturation des reportages et les revenus publicitaires. Ce modèle, qui a longtemps fonctionné, est aujourd’hui bouleversé par l’essor des plateformes numériques. Les annonceurs, qui constituaient une source majeure de financement, se tournent désormais vers des espaces où ils peuvent mieux mesurer leur audience.
Cette mutation a plongé de nombreux médias dans une double crise. En interne, on observe une multiplication des supports avec des contenus peu différenciés, ce qui entraine une perte de confiance du public. En externe, la conjoncture économique et la baisse des revenus publicitaires aggravent la situation.
Pour y remédier, M. Bandaogo a proposé des pistes de solutions. Il s’agit notamment de la transformation éditoriale (spécialisation du média), du recours au freelance et du changement de périodicité pour réduire les charges.
Par ailleurs, les médias peuvent diversifier leurs sources de revenus en nouant des partenariats éditoriaux, en soumettant des projets aux organisations internationales ou en adoptant un système d’abonnement.
L’ouverture du capital, la monétisation des pages sur les réseaux sociaux et l’ajout d’activités annexes comme une agence de communication ou l’organisation d’événements sont autant de stratégies proposées par le Cheikh Omar Bandaogo pour assurer une meilleure pérennité financière des médias à l’ère du numérique.
Lire aussi >> Régulation des nouveaux médias et cyber sécurité : Le CSC et la BCLCC posent le débat dans un contexte de défis sécuritaire
Le panel a été modéré par Abdoulaye Tao, Conseiller au Conseil supérieur de la communication. Il a souligné la pertinence du thème qui permettra aux acteurs des médias de trouver des stratégies pour faire face aux difficultés économiques.
Issouf TAPSOBA
latribunedufaso.net
