La 29ᵉ édition du FESPACO a attiré cinéphiles, réalisateurs et professionnels du secteur, dont Marco Lena, Directeur exécutif du Fonds d’archives africain pour la sauvegarde des mémoires, basé à Dakar. Lors d’une interview accordée à La Tribune du Faso, il partage sa vision du FESPACO et la mission de leur organisation.
latribunedufaso.net : Pouvez-vous nous présenter votre structure ?
Marco Lena : Le Fonds d’archives Africain pour la sauvegarde des mémoires est une organisation basée à Dakar, fondée en 2019 par Ghaël Samb Sall, fille de Ababacar Samb Makharam, pionnier du cinéma sénégalais. Ce fonds est né de l’idée que les archives contemporaines en Afrique sont en danger. Beaucoup d’archives, notamment celles de la diaspora, sont perdues ou oubliées, et nous avons voulu y remédier.
Depuis 2019, notre mission est de collecter, numériser et préserver ces archives essentielles pour le patrimoine africain. Aujourd’hui, nous sommes fiers de contribuer à la sauvegarde de notre histoire à travers des images, des films et des documents qui, autrement, risqueraient de disparaître.
Quel est l’objectif principal de ce fonds ?
L’objectif principal est de redonner une deuxième vie aux archives. Beaucoup d’images, de photos ou de films ont été laissés de côté, parfois dans de mauvaises conditions . Notre travail consiste à les sauver avant qu’elles ne disparaissent. Elles font partie de l’archéologie audiovisuelle de l’Afrique indépendante.
Ce sont des documents uniques. Aujourd’hui, grâce aux archives, nous avons eu la chance de découvrir des événements comme le Festival Mondial des Arts Nègres de 1966 à Dakar, un événement d’ampleur mondiale mais que très peu de personnes ont connu.
Quel lien faites-vous entre votre fonds et le FESPACO ?
Le Fonds d’Archives Africain pour la Sauvegarde des Mémoires entretient une collaboration étroite avec le FESPACO, à travers la Cinémathèque africaine de Ouagadougou. Cette coopération a commencé en 2021, à l’initiative de Léonce Tira, le directeur de la Cinémathèque de Ouagadougou, avec les premiers ateliers du patrimoine.
Depuis la première édition, nous avons participé pour apporter notre expérience et surtout pour créer des liens avec d’autres cinémathèques à travers l’Afrique. La participation du Fonds d’Archives au FESPACO vise donc à tirer la sonnette d’alarme sur la situation des archives et à renforcer les relations entre les différentes institutions chargées de la conservation du patrimoine audiovisuel en Afrique.
Au FESPACO, à travers des initiatives comme le MICA, où l’association Archivistes sans frontières a exposé des photos historiques, le fonds poursuit son travail de sensibilisation et de soutien mutuel pour la sauvegarde du patrimoine audiovisuel africain .
Votre fonds soutient-il des cinéastes ?
Oui. Parce qu’en fait, que ça soit à Dakar ou à Ouagadougou, nous donnons des prix spéciaux. Cette année par exemple, la ville de Ouagadougou donne un prix spécial dénommé prix Ababacar Samb Makharam. Donc, le fonds d’archives participe en donnant un financement, un prix. Avec les petits moyens dont nous disposons, parce que nous sommes une structure privée, on essaie de soutenir les réalisateurs contemporains et de soutenir aussi la mémoire des cinéastes qui ne sont plus là, à travers des œuvres de valorisation comme des livres. On a aussi une série « Les Grands cinéastes panafricains ».
Que pensez-vous de cette édition du FESPACO ?
Le FESPACO est un événement populaire. Quand je dis populaire, cela ne signifie pas que c’est à un niveau bas, mais plutôt que c’est pour tout le monde. Le FESPACO, c’est un festival sans égal. Ce n’est pas comme Cannes, où il faut attendre des heures sous le soleil pour apercevoir une star. Ici, on croise des réalisateurs, des acteurs, c’est vraiment démocratique. J’aimerais bien que tous les festivals soient comme le FESPACO. Il n’y a pas seulement des experts, mais aussi de vrais passionnés de cinéma.
Nabintou OUATTARA
latribunedufaso.net
