La 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) se tiendra du 22 février au 1er mars 2025. Au total, 31 films burkinabè ont été retenus dans la sélection officielle pour la compétition. Delphine Yerbanga, cinéaste et réalisatrice à la Radiodiffusion-télévision du Burkina (RTB), figure dans cette sélection officielle avec deux films, « Vérité des cœurs » et « Une si longue nuit », qui traitent tous de la thématique du terrorisme. Une équipe de latribunedufaso.net est allée à sa rencontre. Objectif, en savoir plus sur ses films qui ont été retenus et ses ambitions pour ce FESPACO.
Le 5 février 2025, il est 11 heures 30 minutes lorsque nous sommes arrivés dans les locaux de la RTB Radio, maison où exerce Delphine Yerbanga. La réalisatrice était déjà en interview avec d’autres médias. Nous avons donc patienté un moment. Elle se prête à notre exercice, lorsqu’elle finit avec ces derniers aux environs de 13 heures.
« Mon parcours n’est pas si simple, il peut écrire un livre », a-t-elle lancé en souriant lorsque nous lui avons demandé son parcours dans le cinéma. Depuis l’enfance, explique-t-elle, j’aimais le cinéma parce que j’ai eu la chance de grandir dans un quartier qu’on appelle Dassasgho (NDLR, un quartier de Ouagadougou). J’habitais juste à côté de l’espace culturel Gambidi de Jean Pierre Guingané, où des films étaient projetés tous les soirs pendant les éditions du FESPACO. Et où il y avait une place de choix pour les enfants.
On étalait des nattes devant pour nous les enfants. Les adultes, eux, étaient assis derrière. C’est comme ça que j’ai appris à regarder les films de Idrissa Ouédraogo, de Gaston Kaboré, de Fanta Nacro, de Valérie Kaboré… Des années après, quand je suis arrivée à l’université de Ouagadougou, j’ai intégré le ciné-club Sambène Ousmane du FESPACO, qui appartient à la Fédération burkinabè des ciné-clubs. C’est là que j’ai véritablement appris à apprécier les films burkinabè, parce qu’on avait des parrains et des marraines qui étaient des cinéastes.
On faisait des projections de leurs films, accompagnées de débats en leur présence. C’est ainsi que j’ai appris à regarder avec un œil critique les films. On était très bien accompagnés par Guy Désiré Yaméogo, qui est notre président et notre mentor en même temps et qui nous a formé à l’animation des ciné-clubs. C’est pendant que j’étais membre du ciné-club que j’ai eu la chance d’aller au Niger pour faire un master en audiovisuel et documentaire de création.

Par la suite, je suis allée au Sénégal suivre un master 2 pour me spécialiser en réalisation. C’est véritablement après ces 2 formations que j’ai commencé à faire des films comme réalisatrice. Il fallait ajouter à ces deux formations diplômantes, des stages en réalisation, ce qui m’a emmené à faire des plateaux de tournage pour acquérir plus d’expériences en vue de pouvoir réaliser moi-même mes propres films.
Les deux films de Delphine Yerbanga qui ont été sélectionnés pour le FESPACO 2025 s’intitulent respectivement, « Vérité des cœurs », une fiction, court métrage de 12 minutes et « Une si longue nuit », qui est également une fiction, mais cette fois ci, un long métrage.
« Je suis très fière de voir que mes films font partie de la sélection. C’est une grande fierté et je souhaite qu’on vive un bon festival », s’est réjouie la réalisatrice. Et pour nous briefer ces films, Delphine Yerbanga poursuit. « Le premier, vérité des cœurs traite du terrorisme et je rappelle que le scénario a été écrit par Justin Stanislas Drabo qui est un écrivain. Nous avons eu la chance de faire un atelier de formation en scénario et en réalisation, organisé par tonton Gaston Kaboré.
C’est au cours de cette formation qu’on a demandée aux réalisateurs de choisir parmi les scénarii qui ont été développés, des scénarii qui leur parlaient pour réaliser. C’est comme ça que j’ai porté mon choix sur le scénario de Justin Drabo et c’est ce film qui est sélectionné et qui s’intitule vérité des cœurs », a-t-elle fait savoir.
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« Une si longue nuit », ajoute-t-elle, est mon premier long-métrage de fiction qui est sélectionné dans la section perspective. C’est un film qui traite également du terrorisme. C’est la résilience qui est promue dans ce film. J’appelle à un changement de paradigme, j’invite tous ceux qui ont pris des armes contre notre nation à les déposer. « On n’est pas obligé d’être mauvais, donc où que tu sois, quelle que soit ta position, tu es capable de changement », martèle la réalisatrice. « C’est ce message, que passe le film », a-t-elle insisté.
A entendre Delphine Yerbanga, « Une si longue nuit » parle également de violence conjugale « parce qu’une femme a été battue par son mari et chassée de la maison. Elle trouve refuge dans un restaurant et malheureusement, ce restaurant a été attaqué. Le voleur qui était rentré par infraction dans leur domicile pour voler se retrouve à être le sauveur de cette femme et va accompagner le mari à la recherche de la femme. Voilà de quoi parle en gros le film », a-t-elle signifié.
Pour la réalisation de ces deux films, Delphine Yerbanga a rencontré plusieurs difficultés. Le plus difficile a été la mobilisation des fonds. « Les moyens ne suffisent jamais, le cinéma est budgétivore », a-t-elle indiqué. Dans ses propos, la réalisatrice a remercié le Fond de développement culturel et touristique (FDCT), le ministère de la culture du Burkina Faso et « tonton » Gaston Kaboré, de qui elle a aussi bénéficié de l’accompagnement.
Delphine Yerbanga a dit être « très optimiste » pour cette compétition du FESPACO. Pour elle, quelle que soit l’issue de la compétition, elle a déjà la victoire. « Mon ambition, c’était que le film soit sélectionné, c’était mon souhait et ce vœu a été exaucé. Le film est sélectionné, c’est tout ce que je cherchais. Le film sera vu par les cinéphiles ouagalais et par les professionnels qui viendront de partout.
Le FESPACO étant la grande messe du cinéma africain, voir que son film est sélectionné pour être montré à cette grande messe, c’est une grande fierté. Cela montre que je fais partie des cinéastes africains, donc j’inscris mon nom dans le registre du FESPACO. Pour moi, être dans le catalogue comme réalisatrice sélectionnée, c’est déjà une victoire. Si après le public accueille bien mon film, je pense que je serai très comblée », a-t-elle indiqué.
Pour conclure ses propos, Delphine Yerbanga a souhaité un bon festival à tous les professionnels du cinéma africain. « Venez chez nous au Burkina Faso, la capitale du cinéma africain pour vivre la grande fête des cinémas d’Afrique. Je vous invite à venir au Faso et nous allons célébrer les cinémas d’Afrique », a-t-elle invité.
Rosana Astride KIENDREBEOGO
latribunedufaso.net
