Le forum sur la digitalisation dans le secteur de la justice se tient les 2 et 3 juin 2026 à Ouagadougou. La cérémonie d’ouverture a été présidée ce mardi 2 juin 2026 par Seydou Ouédraogo, chargé de mission, représentant le ministre de la Justice, Me Edasso Rodrigue Bayala. Ce forum consacré à la digitalisation du secteur de la justice au Burkina Faso se tient sur le thème : « Promouvoir une justice accessible, efficace et inclusive à l’ère du numérique ».
Pendant ces deux jours, les participants réfléchiront à la manière de construire une justice numérique réellement humaine, accessible et inclusive. Il s’agit notamment d’identifier les mécanismes d’accompagnement capables de garantir que personne ne soit laissée de côté, comment intégrer davantage les langues nationales dans les outils numériques afin de les rendre compréhensibles au grand nombre, comment développer des solutions vocales ou interactives adaptées aux personnes non alphabétiques, comment créer des relais humains de proximité capables d’accompagner les judiciaires dans leur démarche numérique, etc.

Prononçant le discours d’ouverture de ce forum, Seydou Ouédraogo, chargé de mission, représentant le ministre de la Justice, a déclaré que le monde connaît actuellement une mutation profonde portée par les technologies numériques. Et selon lui, cette révolution transforme les économies, les administrations, les modes de communication et même les relations sociales. Le système judiciaire partout dans le monde ne peut donc rester en marge de cette dynamique. Il doit évoluer pour répondre aux attentes nouvelles des citoyens, notamment en matière de célérité, de transparence, d’accessibilité, de simplicité et de confiance, selon Seydou Ouédraogo. D’où l’organisation de cette présente rencontre pour réfléchir sur la digitalisation dans le secteur de la justice au Burkina Faso.
« Depuis plusieurs années, des efforts importants ont été entrepris par les autorités burkinabè afin de moderniser le fonctionnement de la justice et d’impliquer progressivement les outils numériques dans l’administration judiciaire. On peut retenir le lancement des plateformes telles que le e-casier judiciaire ou encore le certificat de nationalité en ligne.
Ces innovations traduisent une action claire. Réduire les distances, simplifier les procédures, diminuer les coûts pour les usagers et rapprocher durablement la justice des populations. Derrière cette plateforme, il y a une vision. Une vision d’une justice qui ne soit plus perçue comme lointaine ou inaccessible, mais comme un service public moderne, réactif et centré sur les besoins vivants des citoyens », a indiqué Seydou Ouédraogo.

Cependant, selon Seydou Ouédraogo, la digitalisation de la justice dans le contexte burkinabè doit prendre en compte les réalités sociales, économiques, culturelles et sécuritaires. Les défis de cette digitalisation sont entre autres, les défis en matière d’infrastructures, la réduction de la fracture numérique et sociale et les barrières linguistiques, éducatives et culturelles.
Selon Seydou Ouédraogo, les expériences menées dans plusieurs pays africains montrent que la réussite de la transformation numérique repose autant sur l’accompagnement humain que sur la technologie elle-même. À l’entendre, la digitalisation de la justice exige une approche multisectorielle, collaborative et durable. Elle exige une vision commune, une coordination forte et des investissements cohérents.
À l’issue de ce forum de deux jours, Seydou Ouédraogo, chargé de mission, représentant le ministre de la Justice, espère que les participants parviendront à des recommandations concrètes et à une feuille de route réaliste, inclusive, finançable et capable d’accompagner efficacement le déploiement des services numériques judiciaires au Burkina Faso.

De son côté, Marie Compaoré/Duprez, Directrice du programme Sahel à l’Institut de la Haye pour l’innovation du droit (HiiL), a également reconnu les efforts consentis par les autorités burkinabè pour moderniser le système judiciaire et rapprocher davantage les services de justice des citoyens. Cependant, cette transition numérique intervient dans un contexte marqué par de nombreux défis : le défi sécuritaire, l’éloignement géographique des juridictions, la faible connectivité d’internet dans plusieurs zones, l’instabilité énergétique et les fortes inégalités d’accès au numérique entre les milieux urbains et les milieux européens.

Dans ce contexte, selon Marie Compaoré/Duprez, la question centrale n’est pas seulement de savoir comment digitaliser la justice, mais surtout comment faire en sorte que la digitalisation améliore réellement l’accès à la justice pour les populations.
« Pour HiiL, la justice doit partir des besoins concrets des citoyens. Une réforme judiciaire n’a de sens que si elle permet aux personnes, et notamment les personnes les plus vulnérables, d’obtenir des solutions justes, accessibles et compréhensibles à leurs problèmes. Une justice centrée sur les personnes, c’est une justice qui tient compte des réalités vécues par les citoyens, qui s’adapte aux contraintes sociales, économiques et culturelles, qui utilise l’innovation non pas comme une finalité, mais comme un moyen d’améliorer concrètement la vie des populations.
Dans le domaine numérique, cela implique de penser aux solutions adaptées au contexte local, c’est-à-dire des plateformes qui soient accessibles même avec une faible connexion, des outils compatibles avec les téléphones portables, basiques, des contenus compréhensibles en langue nationale, mais aussi des mécanismes d’accompagnement humain, capables d’aider les citoyens à utiliser effectivement les services numériques », a-t-elle soutenu.
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Convaincue que la réussite de la transformation numérique de la justice au Burkina Faso passe par une approche collaborative et multisectorielle et tout en espérant également que les échanges permettront d’identifier des solutions réalistes, adaptées aux contraintes de terrain et capables d’être mises en œuvre de manière durable, Marie Compaoré/Duprez a réaffirmé l’engagement de HiiL, à continuer d’accompagner le Burkina Faso dans ses efforts pour construire une justice plus innovante, plus inclusive et véritablement centrée sur les personnes.
Mamadou ZONGO
Latribunedufaso.net
