Lancement du programme Suudu Andal Sport par l’Ambassadeur pour le Sport, Charles Kaboré

Programme SUUDU ANDAL SPORT : Le sport burkinabè en quête de maturité ?

Dans l’histoire du sport burkinabè, certaines initiatives passent comme des saisons, d’autres comme des tournants. Le programme Suudu Andal Sport, présenté le 17 février 2026 par l’Ambassadeur pour le Sport, Charles Kaboré, ambitionne clairement d’appartenir à la seconde catégorie. Mais au-delà de l’annonce, la question essentielle demeure : cette initiative changera-t-elle réellement le sport burkinabè ou viendra-t-elle s’ajouter à la longue liste des programmes sans lendemain ?

Un diagnostic juste : le sport se joue aussi hors du terrain

Le mérite premier de Suudu Andal Sport est d’avoir posé le bon diagnostic. Dans le sport moderne, la performance ne dépend plus seulement du talent des athlètes. Elle repose sur un écosystème : management, marketing, préparation mentale, gouvernance, communication, structuration fédérale.

En ciblant les ressources humaines – notamment avec une première formation dédiée aux chargés de marketing des fédérations – le programme s’attaque à l’un des maillons faibles du sport national : la professionnalisation. Car sans compétences solides en gestion et en promotion, aucune discipline ne peut attirer partenaires, sponsors ou visibilité internationale.

Le soutien exprimé par Zakaria Sore, représentant la Présidence, montre que l’initiative bénéficie d’un adossement institutionnel, condition indispensable pour éviter qu’elle ne s’essouffle après quelques mois.

L’impact potentiel : changer la culture sportive

Si le programme est mené avec constance, son impact pourrait être profond.

D’abord, sur la structuration des fédérations. Des cadres mieux formés signifient des projets mieux montés, des compétitions mieux organisées et des financements mieux négociés.

Ensuite, sur l’attractivité du sport burkinabè. Les stages à l’étranger, les échanges avec des experts internationaux et les formations locales pourraient contribuer à créer une nouvelle génération de dirigeants sportifs capables de dialoguer avec le monde.

Enfin, sur la performance elle-même. Un sport mieux organisé produit mécaniquement de meilleurs résultats. L’expérience de nombreux pays africains montre que les médailles viennent rarement avant la structuration.

Le risque réel : l’éternel syndrome du lancement

Mais l’enthousiasme ne doit pas masquer les interrogations.

Le Burkina Faso n’a pas manqué de programmes sportifs ambitieux par le passé. Beaucoup ont souffert des mêmes maux : manque de suivi, financement incertain, dépendance à des personnalités plutôt qu’à des institutions, absence d’évaluation.

Le danger pour Suudu Andal Sport serait de rester un programme d’événements — formations ponctuelles, séminaires, stages — sans se transformer en politique publique durable.

Car former ne suffit pas. Il faut aussi :

  • garantir que les personnes formées soient réellement responsabilisées ;
  • créer des mécanismes d’évaluation ;
  • inscrire le programme dans une vision nationale du sport à long terme.

Sans cela, le risque est réel que l’initiative rejoigne la catégorie des bonnes intentions oubliées.

Une opportunité historique… si elle est structurée

La force symbolique de ce programme réside aussi dans son porteur. Charles Kaboré incarne une génération d’athlètes burkinabè qui ont connu le haut niveau international. Son engagement traduit une évolution importante : les anciens sportifs ne veulent plus seulement être des figures de mémoire, mais des acteurs du changement.

Si Suudu Andal Sport réussit, il pourrait inaugurer une nouvelle ère où le sport burkinabè se pense comme un système, et non plus comme une succession d’exploits individuels.

Avancer ou stagner : la balle est dans le camp des institutions

Au fond, ce programme peut faire avancer le Burkina Faso sportif. Il peut même contribuer à transformer en profondeur la gouvernance des disciplines. Mais son succès dépendra moins de sa conception que de sa continuité.

Lire aussi >> Sport : Quel visage pour l’avenir des Étalons ?

Le sport burkinabè n’a pas besoin d’un programme de plus. Il a besoin d’un programme qui dure.

Si Suudu Andal Sport devient un dispositif permanent, structuré et évalué, il pourrait marquer un tournant historique.

S’il reste une initiative ponctuelle, il ne sera qu’un énième chapitre d’annonces prometteuses.

L’avenir dira si cette initiative était une promesse… ou le début d’une transformation.

Le Brave

Latribunedufaso.net

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