Sanctions de la CAF à l'issue de l'incident lors de la finale de la CAN Maroc 2025

Sanctions CAF après la finale de la CAN 2025 : Justice disciplinaire ou message politique ?

La finale de la TotalEnergies Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 devait être une fête du football africain, un moment de communion et de célébration. Elle restera aussi comme l’une des plus controversées de l’histoire récente, tant par la tension observée sur le terrain que par la sévérité des sanctions disciplinaires rendues publiques par la Confédération Africaine de Football (CAF).

Le Jury disciplinaire de la CAF a frappé fort ce jeudi 29 janvier 2026. Très fort. Fédérations, sélectionneur, joueurs, officiels, supporters : personne n’a été épargné. À chaud, ces décisions soulèvent une question centrale : que faut-il réellement retenir de cette vague de sanctions ?

Des sanctions lourdes, mais juridiquement fondées

Sur le plan strictement réglementaire, la CAF s’est appuyée sur son Code disciplinaire, notamment les dispositions relatives au comportement antisportif, à l’atteinte à l’image du football et à l’entrave au travail des officiels. Les faits reprochés sont clairs : contestations excessives, comportements déplacés envers l’arbitre, envahissement de zones sensibles comme l’espace VAR, usage de lasers, débordements de supporters.

À ce titre, la CAF peut se prévaloir d’une légitimité juridique. Les sanctions prononcées contre le sélectionneur sénégalais Pape Bouna Thiaw, les joueurs clés des deux sélections, ainsi que les lourdes amendes infligées aux fédérations, entrent dans le cadre des textes en vigueur.

Mais la justice sportive ne se limite pas à l’application mécanique des règlements. Elle est aussi affaire de perception, d’équité et de pédagogie.

Justice équitable ou lecture politique des événements ?

C’est ici que le débat s’installe. Beaucoup s’interrogent : les sanctions sont-elles strictement justes ou traduisent-elles une volonté politique de la CAF d’asseoir son autorité ?

Le Sénégal, doublement sanctionné sportivement et financièrement, paie un lourd tribut : suspension de son sélectionneur pour cinq matches CAF, absence de joueurs majeurs lors de prochaines échéances, et plus de 600 000 USD d’amendes. Le Maroc, pays hôte, n’est pas épargné, mais les sanctions sportives semblent plus mesurées, notamment avec un match de suspension assorti de sursis pour Achraf Hakimi.

Cette asymétrie, réelle ou perçue, alimente les soupçons. La CAF a-t-elle voulu envoyer un message fort aux acteurs du jeu, quitte à exposer ses décisions à la critique ?

Quelles incidences sportives pour les deux sélections ?

Sur le plan sportif, l’impact est immédiat et significatif.

Pour le Sénégal, la suspension du sélectionneur et de joueurs cadres affaiblit la stabilité du projet sportif et compromet les prochaines campagnes continentales.

Pour le Maroc, les suspensions de joueurs clés, même partielles, pèseront sur la continuité et la gestion de l’effectif lors des compétitions CAF à venir.

Au-delà des équipes nationales, c’est l’image globale du football africain qui se trouve affectée, avec une finale plus commentée pour ses sanctions que pour son spectacle.

Une CAF en quête de crédibilité… ou de ressources financières ?

La question, plus dérangeante, mérite d’être posée : ces sanctions financières massives ne constituent-elles pas aussi un moyen pour la CAF de renflouer ses caisses ?

Avec des amendes cumulées dépassant le million de dollars, le signal est fort. Trop fort, diront certains. Dans un contexte où de nombreuses fédérations africaines peinent financièrement, ces sanctions peuvent apparaître déconnectées des réalités économiques du football continental.

La discipline ne doit-elle pas aussi être éducative et corrective, plutôt que strictement punitive ?

Apaiser les cœurs ou envenimer les frustrations ?

Autre interrogation majeure : ces décisions permettront-elles réellement d’apaiser les tensions, de restaurer la confiance et de donner davantage de crédit à la CAF ?

L’histoire montre que des sanctions perçues comme excessives ou déséquilibrées peuvent produire l’effet inverse : frustration, sentiment d’injustice, défiance vis-à-vis de l’instance dirigeante. Le risque est réel.

Et l’arbitre, dans tout cela ?

Un silence interpelle : quelles suites pour l’arbitre de la finale ?

Au cœur des contestations, il n’est mentionné dans aucune décision publique. Or, dans une logique d’équilibre et de transparence, l’opinion attend aussi de savoir si une évaluation technique a été menée, et si des enseignements ont été tirés en interne.

La protection de l’arbitre est nécessaire. Son intouchabilité ne l’est pas.

Une CAF à un tournant

Ces sanctions marquent un tournant. La CAF affirme son autorité, rappelle la primauté des règles et la nécessité de protéger l’image du football africain. Mais elle joue aussi gros : sa crédibilité, sa capacité à fédérer et à être perçue comme juste et équitable.

Le football africain a besoin d’ordre, certes. Mais il a tout autant besoin de dialogue, de pédagogie et de confiance. Sans cela, les sanctions, aussi lourdes soient-elles, risquent de laisser plus de cicatrices que de solutions.

Le Brave

La Tribune du Faso (www.latribunedufaso.net)

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