L’Afrique de l’Ouest s’impose comme l’une des régions les plus exposées à la cybercriminalité sur le continent. Selon le dernier rapport d’évaluation d’INTERPOL, la région est identifiée comme celle où les cas de fraude et d’arnaques impliquant des outils d’intelligence artificielle (IA) sont les plus fréquemment signalés.
D’après ce rapport publié le 3 août 2026, le Bénin, le Cameroun, le Tchad et la Côte d’Ivoire concentrent les taux les plus élevés (jusqu’à 75 %) d’incidents de cyberattaques. À l’échelle du continent, les escroqueries en ligne, y compris l’hameçonnage, représentent 17 % des cas de cybercriminalité signalés en 2025, la catégorie la plus fréquente devant l’usurpation d’identité et la fraude financière (14 %) et l’extorsion sexuelle (14 %).
La fraude à la monnaie mobile (mobile money) constitue la principale porte d’entrée de ces réseaux d’arnaques. Le Ghana a enregistré 1,3 million de dollars de pertes dès le premier trimestre 2025, tandis que le Nigéria a représenté à lui seul 92 milliards de dollars sur les 205 milliards de dollars de transactions liées à l’économie des cryptomonnaies enregistrées dans la région entre juillet 2024 et juillet 2025.
Des plateformes de microcrédit non agréées, parfois disponibles sur le Google Play Store, ont également proliféré en zones francophones, harcelant leurs victimes par des appels automatisés et des menaces d’exposition publique. La Côte d’Ivoire a dû fermer des applications telles que « Wave Prêt » et « Crédit Max » après la découverte de taux abusifs et de pratiques d’extorsion.
Rançongiciels et compromission des messageries professionnelles et extorsion sexuelle
Si l’Afrique australe concentre l’essentiel des détections de rançongiciels sur le continent, l’Afrique de l’Ouest n’est pas épargnée. Le Cap-Vert a enregistré 16 997 détections en 2025, la deuxième plus élevée d’Afrique, tandis que le Nigéria en comptait 5 822.
Le service des douanes du Nigéria a notamment été visé par un rançongiciel en août 2025, paralysant les opérations de dédouanement dans les principaux ports du pays, ce qui a provoqué environ 18 millions de dollars de frais de stockage supplémentaires.
La région ouest-africaine est également identifiée comme la plus active pour la compromission des messageries professionnelles (BEC). Le Nigéria abrite, depuis 2021, des acteurs actifs devenus centraux dans les opérations internationales de blanchiment d’argent via cryptomonnaies, sociétés-écrans et plateformes de paiement mobile.
Pour sa part, la Côte d’Ivoire fait figure des cinq principaux pays de sextortion en Afrique (11 %), et se classe troisième pour l’envoi d’adresses IP liées à ce type de contenu, avec 64 111 de cas documentés. Le Mali enregistre aussi un grand nombre de sextortions en Afrique de l’Ouest, avec 3 494 cas détectés.
Selon les données de Mastercard, les rançongiciels demeurent le vecteur d’attaque le plus fréquent sur le continent (28 %), suivis des logiciels malveillants (22 %) et de l’ingénierie sociale par courriel (15 %).
Des ripostes qui se structurent
Face à cette pression croissante, plusieurs pays de la région ont renforcé leurs dispositifs en 2025. Le Burkina Faso a lancé la plateforme de signalement « Alerte-BCLCC » et adopté une Stratégie nationale de lutte contre la cybercriminalité (2025-2029).
La Côte d’Ivoire a fait adopter par son Assemblée nationale le Projet de loi sur la sécurité numérique 2025, alignant son cadre juridique sur les standards internationaux. Le Sénégal a quant à lui engagé un programme de « souveraineté numérique » doté de 24 millions de dollars pour moderniser ses plateformes et lutter contre le cyberharcèlement.
Sur le plan opérationnel, INTERPOL a coordonné plusieurs opérations d’envergure en 2025 impliquant des pays ouest-africains, dont l’Opération Sentinel, la plus vaste répression coordonnée de la cybercriminalité jamais menée en Afrique, ayant conduit à 574 arrestations et à la récupération d’environ 3 millions de dollars à travers 19 pays.
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Ces avancées législatives et opérationnelles restent toutefois fragiles face à l’ampleur du phénomène. Le rapport souligne que la coopération transfrontalière demeure le principal obstacle aux enquêtes réussies, cité par 89 % des agences interrogées à l’échelle continentale.
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Source : CENOZO


