Photo illustration barre de tribunal

DO, un berger, acquitté des accusations de complicité de terrorisme

Le 20 septembre 2024, DO, un berger de 27 ans et père de deux enfants, a été jugé par la Chambre correctionnelle spécialisée dans la répression des actes de terrorisme. Il était poursuivi pour complicité de terrorisme. Dans son délibéré, il a été acquitté par le tribunal au bénéfice du doute.

Interpellé en mai 2021, DO est accusé d’avoir transmis des informations sensibles sur la position des forces de l’ordre à un groupe terroriste opérant dans la région de Koupéla. Le chef de ce groupe, DH, aurait contacté DO à plusieurs reprises par téléphone, lui demandant de fournir des vivres et de partager des renseignements sur les mouvements des forces de défense.

Selon l’enquête, DO a effectué trois appels téléphoniques avec le chef terroriste, au cours desquels il aurait transmis des informations sur les survols d’avions et la présence des forces de l’ordre. Lors de l’instruction, il a été révélé que le terroriste avait confié à DO son projet de voler un véhicule, ce qui a conduit à son arrestation.

Lire aussi >> un réseau terroriste de 4 individus condamnés à 21 ans de prison pour association de malfaiteurs à des fins terroristes

Bien que DO ait nié les faits, affirmant qu’il n’avait jamais reconnu le chef terroriste ni collaboré avec lui, ses déclarations ont été jugées contradictoires par le tribunal. En effet, lors de l’enquête préliminaire, il avait affirmé que son frère avait cassé sa carte SIM pour détruire les preuves. Pourtant, en audience, il a déclaré avoir jeté lui-même le téléphone et la carte SIM dans les toilettes par peur.

De ses dires, un soir, il a reçu un appel téléphonique d’un numéro inconnu, qu’il a d’abord ignoré. Lors d’un second appel, l’interlocuteur s’est présenté comme étant HD et a révélé qu’il était un terroriste basé dans une forêt près de chez lui. Malgré les tentatives de ce dernier de le convaincre de collaborer, l’homme a fermement refusé, s’opposant à toute association familiale qu’il prétendait. 

« Je lui ai demandé qui lui a donné mon numéro ? Il a dit de ne pas chercher à savoir ça. Il m’a parlé de la police et des Eaux et forêts et je lui ai dis de ne pas me parler de ça. Il m’a proposé de travailler avec eux j’ai refusé et il m’a dit que nous sommes de la même famille je lui dit non je ne suis pas de sa famille. Qu’ils sont en brousse et la faim et la soif veut les tuer. J’ai dis ça ne me regarde pas et jai raccroché mon téléphone », a déclaré DO à la barre expliquant avoir mis sa puce et le téléphone dans les toilettes par peur.

Selon le procureur, ses parents ont affirmé ne pas savoir où se trouvait son téléphone, tandis que son frère a confirmé que la carte SIM avait été détruite. Cependant, pour le procureur, ces éléments sont suffisants pour prouver que DO avait bien facilité et participé à des actes de terrorisme.

Le procureur, invoquant l’article 362-1 du Code pénal, a estimé que l’accusé avait non seulement aidé, mais aussi facilité les activités terroristes dans la région. Il a donc requis une peine de 21 ans de prison, dont 15 ans ferme, avec une période de sûreté de 10 ans, ainsi qu’une amende de 2 millions de francs CFA.

La défense plaide l’intention

Sans sa plaidoirie, l’avocat de DO a insisté sur le fait que son client avait refusé de collaborer avec le groupe terroriste. Il a notamment rappelé que DO avait refusé de travailler avec les terroristes lors de leurs échanges téléphoniques. « Mon client a refusé leur proposition et n’a fait que répondre par peur. Il a d’ailleurs jeté son téléphone après cet appel », a-t-il souligné.

Lire aussi >> Accusé de complicité avec des terroristes : AD acquitté au bénéfice du doute

L’avocat a également argué que les informations que DO avait partagées avec les terroristes, comme le survol des avions militaires, étaient peut-être destinées à les dissuader de venir dans la zone, et non à les aider. Il a donc demandé au tribunal de reconsidérer l’intention derrière les actes de son client.

En définitive, le tribunal, dans le délibéré a renvoyé DO des fins de la poursuite au bénéfice du doute, mis les dépens à la charge du trésor public et à donné 15 jours pour relever appel s’il n est pas content.

Nabintou OUATTARA 

Latribunedufaso.net 

Partagez

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *